Dialogue multi-acteurs sur le financement climatique local: quelles perspectives pour évoluer vers des mécanismes innovants et plus adaptés aux réalités locales?
Le mardi 16 décembre 2025, ENDA ENERGIE, en collaboration avec Germanwatch, a organisé un atelier national stratégique consacré à la mise à l’échelle des mécanismes de financement climatique local et à l’alignement des financements liés aux catastrophes climatiques, aux pertes et préjudices, à la biodiversité et à la protection sociale.
Initiée dans le cadre du projet Partenariat Multiacteurs (MAP) et du projet BIOCLIMATE, cette rencontre a réuni des acteurs de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers autour d’un enjeu central : comment renforcer la transparence, l’équité et l’impact des financements climatiques au service des territoires.
Conçu comme un espace de dialogue multi-acteurs, l’atelier a permis d’ouvrir des échanges sur les pertes et préjudices et les financements climatiques, tout en initiant une réflexion sur l’alignement des politiques et stratégies nationales de gestion des risques de catastrophe, de pertes et préjudices et de protection sociale, en vue d’identifier des mécanismes plus efficaces et mieux adaptés aux réalités locales.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par la signature de la convention entre l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives) et ENDA ENERGIE, symbole d’un engagement commun en faveur de la transparence, de la redevabilité et d’une gouvernance responsable.
Dans son intervention, la représentante de Germanwatch a salué l’engagement des parties prenantes présentes, tout en appelant à un renforcement des actions concrètes à impact direct, notamment à travers un meilleur accès des collectivités locales aux financements climatiques, rappelant que moins de 10 % des ressources climatiques parviennent actuellement à l’échelle locale.
Deux expériences concrètes ont ensuite été mises en lumière. D’abord le projet MAP – Multi-Actors Partnership qui contribue au renforcement des capacités des acteurs non étatiques sur le financement des risques de catastrophe climatique, l’assurance et les pertes et préjudices, tout en nourrissant le dialogue politique. Le mécanisme BIOCLIMATE Finance, quant à lui, constitue une initiative de financement mixte local déployée en Casamance (Sénégal) pour soutenir des micro-projets d’adaptation climatique et de protection de la biodiversité.
Les différentes communications ont permis de dresser un état des lieux des négociations internationales sur les pertes et préjudices. À ce titre, Abdou Khadre Dieylani Diop, chargé du projet MAP à ENDA ENERGIE, est revenu sur l’évolution du processus depuis la création du Fonds de réponse aux pertes et préjudices à la COP27, son adoption à la COP28, jusqu’aux récentes discussions à la COP30 de Belém. Il a souligné le manque de clarté des procédures d’accès et d’absorption du Fonds, alors que celui-ci suscite de fortes attentes parmi les pays vulnérables, dont la majorité ne dispose pas encore de stratégies opérationnelles pour y accéder.
La communication suivante, présentée par le ministère de l’Environnement à travers Dieynaba Sow, a porté sur la feuille de route du Sénégal visant à répondre aux impacts des pertes et préjudices et à renforcer la préparation du pays face aux événements climatiques extrêmes. Les échanges ont permis d’identifier des jalons prioritaires à poser pour améliorer l’accès aux financements disponibles.
Les dialogues interactifs ont également permis aux panélistes de présenter plusieurs initiatives de financement climatique en cours aux niveaux local et national, d’en analyser les forces et les limites, et de souligner la nécessité de structurer et pérenniser un dialogue continu entre les acteurs.
Les discussions se sont ensuite poursuivies sur les instruments de financement mixte (fonds catalytiques et privés) les plus adaptés au financement de projets d’adaptation climatiques au niveau des collectivités locales. Reflétant les réalités du terrain, ces échanges ont été illustrés par la présentation du projet BIOCLIMATE Finance. Cette initiative innovante vise à renforcer la résilience des écosystèmes et des communautés locales à travers la restauration de la biodiversité et la diffusion de technologies à faible émission de carbone, en cohérence avec les Plans Climat Énergie Territoriaux et avec l’appui des agences régionales de développement.
Selon Mamadou Cissé, chargé du projet à ENDA ENERGIE, les communautés font déjà face à des impacts climatiques sévères. Les enquêtes de terrain révèlent une vulnérabilité marquée, avec près de 96 % des agriculteurs déclarant percevoir les effets du changement climatique, tandis que l’accès au financement demeure un obstacle majeur, malgré un fort intérêt pour les technologies bas carbone.
BIOCLIMATE Finance ambitionne ainsi de financer des micro-projets d’adaptation à fort impact communautaire, de structurer un portefeuille de projets verts et de renforcer durablement les capacités des acteurs locaux. Inscrit dans une feuille de route progressive, le mécanisme vise une mise à l’échelle nationale et sous-régionale, avec pour objectif de faire du financement climatique local un levier structurant de l’adaptation territoriale. Pour soutenir cette démarche, le modèle économique proposé mobilise une palette d’instruments financiers diversifiés, incluant le crédit concessionnel, le crédit fournisseur, la subvention catalytique, la garantie et l’assurance climatique.
Les discussions finales ont porté sur l’analyse d’initiatives similaires en cours, l’identification de leurs limites et menaces à travers une analyse SWOT, ainsi que la formulation de recommandations pour renforcer l’efficacité et la durabilité des mécanismes de financement climatique local.